J’ai dirigé plusieurs hypermarchés, changé d’univers tous les cinq ans. Quand on m’a proposé la direction de la logistique — avec, à la clé, une place au Comité de Direction — j’ai bondi. Intimidée, mais fière.
Premier CoDir. Je découvre une réunion à cent lieues de ce que j’avais imaginé : un DG qui mène le jeu, une équipe qui n’a d’équipe que le nom, et une attaque en règle — fondée — sur la médiocre prestation de la logistique. J’étais en poste depuis quinze jours.
Je repars avec un plan d’action : atteindre les trois objectifs qu’on m’avait fixés, corriger ce qui avait été pointé. Ce que je sais faire depuis toujours : observer, analyser, redresser.
Ça a marché. En quelques CoDir, la logistique a cessé d’être la cible. Le feu était éteint.
Mais pendant que j’éteignais ce feu-là, un autre jeu se déroulait sans moi — les alliances, les rapports de force, le travail d’entretien permanent entre pairs. Je croyais qu’un CoDir se mobilisait sur des résultats et une stratégie d’avenir. Je n’avais tout simplement pas vu qu’il s’y jouait autre chose.
Le déclic est arrivé trop tard. J’avais proposé un contrôle statistique de la qualité des livraisons, associé le contrôleur de gestion pour sa mise en œuvre — rien de plus. Le CoDir a validé. Après la réunion, un de mes pairs m’a glissé que j’avais eu de la chance : sans un concours de circonstances, il aurait démoli ma proposition en séance — et probablement gagné, vu son aura dans la pièce.
Je n’avais pas joué ce jeu-là une seule fois. Je ne l’avais même pas vu.
Une OPA inamicale a mis fin à l’aventure quelque temps plus tard.
Je le sais aujourd’hui : je n’aurais pas remonté la pente. Face à ce CoDir, il n’y avait qu’une issue possible — que je parte, ou qu’on m’en fasse partir.